top of page

Hopîtal - Partie 4

Aug 9
6 min read

Updated: Aug 10



Le trajet jusqu’à l’hôpital fut étonnamment calme, compte tenu du chaos que nous venions de traverser. Mike, le paramédic, travaillait avec des gestes assurés, enveloppant mes blessures. Il m’expliqua qu’il devait vérifier si j’avais d’autres blessures, puis il me retira ma chemise et découpa mon jean. Lorsqu’il me demanda si j’avais une autre paire de pantalons avec moi, je lui avoua que je n’avais aucune idée de ce qui, parmi nos effets personnels avait été transporté dans l’ambulance.


Son collègue apparut alors avec un pantalon de pluie noir muni d’une ceinture à clip. «On a retrouvé ça sur les lieux de l’accident », dit-il. Apparemment, ce pantalon de pluie était le seul vêtement qui avait fait le voyage avec moi. Au pire, pensai-je, je pourrai porter cela...


Une fois son examen terminé (rien ne semblait cassé), Mike et moi avons discuté. Il me demanda où nous allions et, lorsque j'ai mentionné que je devais appeler le gîte pour les prévenir de notre retard, il balaya l’idée. «Ça peut attendre» me dit-il. Il me parla ensuite de mon travail et, quand je lui ai expliqué que j’étais une ancienne militaire, son visage s’illumina. Il me raconta que son oncle avait combattu pendant la Seconde Guerre mondiale. Je lui répondis sincèrement que les paramédics exerçaient un métier noble et que leur exposition aux traumatismes, et au risque de trouble de stress post-traumatique, était bien plus constante que ce que la plupart des soldats connaîtraient au cours de leur carrière.


Nous sommes arrivés à l’entrée des urgences du Sunnybrook au moment même où une autre ambulance se présentait. Le conducteur fit remarquer que l’ambulance de Dave était partie avant la nôtre et pourtant, nous étions arrivés en même temps. Dave fut transporté à l’intérieur avant moi et je l’entendis dire, d’une voix étonnamment joyeuse malgré les circonstances : "Hé, mon amour, ça va"? Je lui cria que j’allais bien et lui demanda comment il se sentait. Il me répondit par un pouce levé. Bien qu’il ne puisse pas me voir derrière lui, je lui rendis le geste. Sa voix était tellement énergique et vivante que je lui demanda: "Ils t’ont donné des médicaments?" Il confirma que oui. Il disparut ensuite dans la section des traumatismes, tandis que je resta sur ma civière dans le corridor. Mike et son collègue discutaient de l’intervention.


— Tu savais qu’il y avait deux victimes ? demanda son partenaire. Mike fit signe que non.


— Non, je croyais qu’il n’y en avait qu’une.


Mike ajouta ensuite que l’appel mentionnait une femme dans la vingtaine VSA (Vital Signs Absent - absence de signes vitaux, en français) Je lui dis que ce terme m’était malheureusement familier. En 2006, durant l’opération Athena en Afganistan, je l’avais entendu bien trop souvent alors que j’étais Capitaine- adjudante au Canada. "Wow", lui dis-je; "tu croyais intervenir pour une femme d’une vingtaine d’années sans signe de vie?On est loin de ça". Il acquiesça en expliquant que la réalité sur le terrain différait souvent énormément de ce que rapportait l’appel initial.


Quelques minutes plus tard, je salua Mike lorsque l’on m'a conduit à la section Bleue des urgences, réservée aux blessures mineures. Une infirmière m’aida à m’installer sur un lit et m’informa qu’une personne viendrait me voir bientôt. J’appris également que Dave se trouvait dans la section mauve, réservée aux traumatismes majeurs, où il devait subir un tomodensitogramme (CT Scan).


Enfin seule, j'ai pris le temps de vraiment regarder mes blessures. Mes deux coudes étaient à vif et couverts d’abrasions sanglantes dues au frottement contre l’asphalte. J’ai pris quelques photos. Mon genou droit avait trois brûlures de la taille d’une pièce de deux dollars, heureusement, mon jean avait protégé mes jambes.


Je ne portais qu’une seule chaussure. L’autre s’était envolée pendant l’impact. Celle qui était restée à mon pied avait les lacets partiellement déchiquetés. La chaussette de mon pied sans soulier était déchirée, laissant apparaître du sang sur ma peau. À part une autre petite coupure à la cheville gauche, c’était l’ensemble de mes blessures. J’étais abasourdie. J’avais été éjectée d’une moto, projetée violemment sur l’asphalte et pourtant, je m’en étais sortie avec seulement quelques éraflures. Certes douloureuses, mais mineures. Je pensa à Dave qui avait insisté pour que je porte des gants, ainsi qu’à cette bonne étoile qui semble décidée à me suivre dans toutes mes aventures les plus téméraires.


Ma chaussette déchirée (du pied gauche qui avait perdu sa chaussure) et les lacets arrachés de ma chaussure droite, restée à mon pied malgré la chute.
Ma chaussette déchirée (du pied gauche qui avait perdu sa chaussure) et les lacets arrachés de ma chaussure droite, restée à mon pied malgré la chute.

Une infirmière passa me voir et m’expliqua qu’un médecin devrait m’examiner avant que je puisse quitter l’hôpital. Comme mes coudes semblaient particulièrement amochés, je devrais passer des radiographies et mes plaies seraient nettoyées puis bandées correctement. Mais il faudrait attendre. Alors j’ai attendu.


Les abrasions sur mon coude droit.
Les abrasions sur mon coude droit.

Peut-être une demi-heure plus tard, j’entendis quelqu’un dire dans le corridor "La femme est dans la chambre quarante-six, n’est-ce pas ?" Quelques secondes plus tard, un infirmier apparut à mon chevet. "Dave m’envoie" dit-il. "Il veut que je vérifie comment vous allez et il veut que vous sachiez qu’il vous aime". Je lui demanda de le rassurer; je vais bien et je l’aime moi aussi.


Moins de trente minutes plus tard, une autre infirmière arriva, elle aussi envoyée par Dave. "Il a un drôle de message pour vous" dit-elle. Elle marqua une pause avant de transmettre le message : "Il veut que je vous dise : J’ai le monde par les couilles et c’est moi qui gagne." Quoi ? Il me fallut un instant pour comprendre. Que voulait-il dire par je gagne ? Puis la réponse s’imposa : il voulait dire qu’il était plus blessé que moi. Il remportait donc le concours du « niveau de blessures » ! Typique de Dave de se vanter d’une chose pareille. L’infirmière poursuivit en me racontant qu’il ne parlait que de moi, répétant sans cesse qu’il m’aimait. Je lui répondis que j’étais habituée au romantisme de Dave. Elle ajouta qu’il était un patient en traumatologie exemplaire : drôle, aimable et respectueux, un changement bienvenu par rapport à bien d’autres patients qu’elle voyait habituellement. Lorsqu’elle quitta la chambre, je lui demandai de lui transmettre ceci : "Dites-lui que je l’aime davantage". J’ajouta qu’il répondrait sûrement : Impossible!

(C’est notre petite phrase romantique.)


Environ deux heures après mon arrivée aux urgences, on me conduisit enfin pour passer des radiographies de mes coudes. Jusqu’à ce moment-là, je ne savais même pas que les hôpitaux employaient des personnes appelées brancardiers, dont le seul travail consiste à déplacer les patients d’un endroit à l’autre. Ma brancardière m’emmena jusqu’au corridor du service de radiologie, où j’attendis encore une vingtaine de minutes avant d’être finalement conduite dans la salle d’examen. Je regrettai immédiatement d’avoir laissé mon téléphone dans ma chambre. Sans écran pour me distraire, j’observa les environs et remarqua un homme qui semblait avoir une blessure à la jambe, peut-être même une fracture, puisqu’il attendait lui aussi pour une radiographie. Lorsqu’on le fit finalement entrer, j’ai aperçu un casque de moto posé sur l’étagère sous sa civière.

S’il y avait une leçon à tirer de cette observation, c’était bien celle-ci : je ne devrais plus jamais remonter sur une moto.


La technicienne fit d’abord une radiographie de mon coude droit, puis fit pivoter le lit afin de prendre des clichés du coude gauche. C’est alors qu’elle s’exclama "Oh ! Vous êtes la femme de l’accident de moto!" Avant même que je puisse répondre, elle poursuivit "Votre mari est passé ici plus tôt et il n’arrêtait pas de parler de vous et de combien il vous aime". Je me suis alors demandé combien de personnes Dave avait réussi à aborder depuis son admission aux urgences. Il avait probablement passé un bon moment au service de radiologie, puisque la technicienne savait où nous allions (Niagara-on-the-Lake) et pourquoi (assister au Festival Shaw). Elle mentionna même à quel point nous semblions relaxés pour un couple qui venait de vivre un accident aussi traumatisant. Puis elle ajouta qu’avec un peu de chance, nous pourrions peut-être encore nous rendre à Niagara-on-the-Lake le lendemain. Son optimisme me rassura et me donna espoir que les blessures de Dave n’étaient pas trop graves. Plus tard ce soir-là, je suis même allée chercher sur Google comment nous rendre à Niagara-on-the-Lake en transport en commun.


Divulgâcheur : nous ne sommes jamais allés à Niagara-on-the-Lake !


À suivre...


 
 
 

Comments


Kingston, Ontario, Canada

admin@theleqm.com

Follow me on :

  • Facebook
  • Instagram

Connect With The . Le QM

© 2035 by The/Le QM. Powered and secured by Wix 

bottom of page