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Nos deux derniers quart de travail - Partie 16



Notre avant‑dernier quart, le 20 février, ressemblait beaucoup au classique « même chose ». Nous étions postés à l’entrée Est, à guider les spectateurs d’hospitalité et les personnes à mobilité réduite. Puis un moment adorable est arrivé : j’ai aperçu les parents de Valérie Maltais dans la file voisine. J’ai accouru, et à ma grande surprise, sa mère m’a reconnue immédiatement, et s’est souvenue de mon nom. J’étais incroyablement flattée.


Elle m’a demandé si je pourrais voir la course de Valérie ce jour‑là. Je lui ai répondu que non, parce que j’étais affectée à l’extérieur… ce qui n’était qu’à moitié vrai. La vraie raison ? J’étais déterminée à aller voir la demi‑finale masculine de hockey qui se déroulait en même temps. Comme je l’expliquais dans la Partie 12, les bénévoles de l'entrée Est sont libérés une fois la course commencée. Donc, au lieu d’aller voir le patinage de vitesse, une fois libérés, Dave et moi avions comme plan de filer au Blues Canal (la « Maison du Canada » non-officielle) pour regarder le match. Nous avons manqué la première période, mais ça en valait totalement la peine. Et comme j’avais déjà vu les deux premières courses de Valérie (et ses deux médailles!), je ne me sentais pas trop coupable. Désolée, maman de Valérie… il n’y avait juste pas le temps d’expliquer.


Plus tard dans le quart, Rachel est arrivée en retard et a été envoyée seule à l’entrée du métro, à près de 600 mètres du bénévole le plus proche. Quand elle m’a écrit ça, j’ai dit à Dave que j’allais la rejoindre. Il y avait une énorme exposition de plantes et de fleurs au complexe Rho Fiera ce jour‑là, donc la sécurité avait besoin d’aide pour gérer le flux des visiteurs de l'exposition qui sortaient, pendant que les spectateurs Olympiques entraient. On a reçu des questions assez cocasses, dont plusieurs visiteurs de l’expo qui espéraient acheter des billets de dernière minute pour le patinage de vitesse. Leur déception était réelle quand on a vérifié en ligne et constaté que tout était vendu. Une femme m’a même demandé contre qui « la Hollande » jouait au hockey ce jour‑là, parce que la moitié de la foule était habillée en orange. J’ai dû lui expliquer qu’il n’y avait plus de hockey dans cette aréna. À 16 h 30, la compétition a commencé. Rachel est retournée a l'entrée Est, a assumé le rôle de Dave, et il m’a rejoins au métro pour qu’on puisse aller voir le match.


Notre dernier quart


Le matin du 21 février était chargé de nostalgie. C’était notre dernier quart, la dernière fois où nous porterions officiellement l’uniforme (même si je compte bien le remettre au Canada). Presque tout le monde que nous avons croisé dans les dix premières minutes disait une variante de « Dernier quart… ça me rend triste ». Je ressentais la même chose, mais j’étais aussi prête. Prête à ne plus rester debout pour six heures d’affilée. Prête parce que nous avions déjà fait tous les rôles possibles (placiers, scanneurs de billets, orientation, etc.). Et prête à ce que les Jeux se terminent. On le sentait d’ailleurs depuis quelques jours: les gens étaient fatigués, l’énergie n’était plus la même...


Pour notre dernier quart, nous étions affectés a l'entrée Est (encore!) et on nous avait promis qu’on pourrait voir la deuxième moitié de la course. Dave, Rachel et moi avons été choisis pour scanner les billets. Il n’y a eu qu’une seule vraie période de rush : les vingt dernières minutes avant le début de la course. J’ai revu les parents de Valérie et leur ai dit que cette fois, je verrais sa course. Comme promis, nous avons été libérés environ trente minutes après le début de la compétition. Notre superviseure nous a rappelé qu’il fallait revenir à la fin pour aider avec la sortie.


À l’intérieur, la course n’était pas encore à mi‑chemin, donc nous avons pu voir les demi‑finales féminines — où Valérie Maltais et Ivanie Blondin se sont toutes deux qualifiées pour la finale. C’était ma première fois à regarder l’épreuve de mass start, et honnêtement, c’est bien plus excitant que les courses en duo traditionnelles. Avec 16 tours et tout qui se joue dans le sprint final, l’énergie était incroyable. Ivanie a remporté l’argent, et Valérie, malgré une chute au deuxième tour, s’est battue pour revenir et terminer cinquième. Les voir faire un tour d’honneur ensemble à la fin de la course était magnifique.


Ivanie Blondin et Valérie Maltais après la victoire d'Ivanie au Mass Start.
Ivanie Blondin et Valérie Maltais après la victoire d'Ivanie au Mass Start.

Quand la cérémonie des médailles a commencé, ils ont présenté celles des hommes en premier. Comme le Canada n’avait pas médaillé, Dave et moi sommes sortis pour aider avec la sortie de l'aréna. Ce n’était pas notre poste officiel, mais ils manquent toujours de monde là‑bas, surtout près de la fameuse porte fermée dont je parlais dans la Partie 13. J’ai aidé quelques spectateurs confus et un Italien très fâché qui a déclaré que l’organisation était « honteuse ». J’ai résisté à l’envie de lui répondre : « La prochaine fois, organisez‑la vous‑même ».


Dès que la cérémonie pour les médailles des femmes a commencé, nous sommes retournés à l’intérieur, avons attendu qu’Ivanie reçoive sa medaille d'argent, puis avons couru vers notre poste initial. Quand nous sommes arrivés, une douzaine d’autres bénévoles étaient déjà alignés pour dire au revoir aux spectateurs. Quand j’ai dit à la superviseure qu’elle n’avait pas besoin de nous, elle a ri et répondu : « D’habitude, personne ne vient, même quand je le demande! » Je crois que tout le monde voulait savourer les derniers instants. Dave et moi avons rejoint la ligne d’adieux quand même.


Bénévoles alignés pour dire un dernier 'au revoir' au spectateurs, et aux Jeux de Milano-Cortina...
Bénévoles alignés pour dire un dernier 'au revoir' au spectateurs, et aux Jeux de Milano-Cortina...

Nous avons salué les spectateurs, et leur gratitude était bouleversante; d’innombrables personnes nous ont dit merci, et on sentait qu’elles le pensaient vraiment. Vers la fin, j’ai revu les parents de Valérie une dernière fois et j’ai parlé de mon blog à sa mère. J’ai plaisanté en disant qu’elle avait sûrement des choses bien plus importantes à faire pour l’instant, mais qu’elle pourrait le lire quand la poussière serait retombé.


J’ai aussi recroisé le cousin d’Ivanie, qui m’a dit qu’il avait jeté un œil à mon blog après qu’on se soit rencontrés après la competition de poursuite par équipes. Puis j’ai aperçu un tout petit garçon, peut‑être trois ans, avec la même coupe mulet iconique que le médaillé d’or masculin. Quand je l’ai montré à Dave, quelqu’un du groupe a dit : « C’est son fils ». Je me suis précipitée pour lui donner une de mes épinglettes du Canada.


Quand la majorité des spectateurs furent partis, les bénévoles ont pris une dernière photo de groupe et sont repartis, mais Dave et moi sommes restés un peu. C’est là que nous avons vu Francesca Lollobrigida, la double médaillée d’or italienne, quitter l’aréna en poussant la poussette de son fils. Comme tout le monde, elle descendait ce long couloir menant au métro ou aux taxis, une dernière fois. Et quelques minutes après elle, Dave et moi avons emprunté ce même couloir, pour la toute dernière fois, avec le coeur léger et remplis que des plus beaux souvenirs...


Francesca Lollobrigida, la double médaillée d’or italienne, quitte l’aréna en poussant la poussette de son fils. Quelques minutes avant nous...
Francesca Lollobrigida, la double médaillée d’or italienne, quitte l’aréna en poussant la poussette de son fils. Quelques minutes avant nous...

 
 
 

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