Beauceville rencontre Beauceville! Partie 6
- Isabelle Morin
- Feb 8
- 5 min read
Updated: Feb 9
Si, à 12 ans, lorsque j’ai regardé les Jeux olympiques pour la toute première fois, quelqu’un m’avait dit qu’un jour je me tiendrais juste derrière le défilé des athlètes lors d’une cérémonie d’ouverture, j’aurais répondu sans hésiter : « Impossible ! » Et pourtant… Il y a deux jours, j’y étais. Alors je veux commencer ce post en vous disant ceci : Premièrement : croyez que les choses que vous désirez sont possibles. Deuxièmement : trouvez le chemin pour les rendre réelles. Enfin : faites‑les arriver !!! La page de couverture de mon compte Facebook affiche une célèbre citation de Tony Robbins :
Si vous en parlez, c’est un rêve
Si vous l’imaginez, c’est possible
Mais si c'est à votre agenda, cela devient une réalité !
Lorsque j’ai commencé cette aventure, j’ai pris une décision très tôt : j’allais aller aux Jeux olympiques de Milan — bénévole ou non. Alors je l’ai mis à mon agenda. J’étais loin de me douter que non seulement j’y serais… mais que je vivrais ce rêve à son maximum. Voici comment s’est déroulé mon deuxième quart de bénévolat olympique.
Dans les coulisses de la cérémonie d’ouverture
Nous devions arriver au stade pour 14 h 30, mais pour éviter tout risque d’être en retard, nous sommes partis à 12 h 30 et sommes arrivés vers 13 h 30. Le dîner avait été chaotique la fois précédente, alors on nous avait demandé d’aller chercher notre boîte‑repas plus tôt et de revenir manger au stade. Ensuite, l’attente a commencé, jusqu’à 16 h 30, moment où nous avons été conduits dans la zone d’attente des athlètes. Dave et quelques autres bénévoles ont été sollicités pour transporter les panneaux « follow‑me ». Il y en avait 22 pour 22 bénévoles; parfait, puisque lors de la répétition nous n’en avions eu que deux, ce qui était clairement insuffisant. Mais au moment de partir vers nos positions, notre responsable n’en a distribué que quatre en disant : « Nous en avons assez. » Je l’ai regardée, perplexe. « On ne devrait pas en prendre plus ? Il y en a plein. » « Non, ça suffit », a‑t‑elle insisté. J’ai regardé la pile encore une fois et je me suis dit : absolument pas. Alors j’en ai discrètement pris un de plus. Un minuscule acte de rébellion… qui allait s’avérer très utile.
À 18 h, les spectateurs ont été admis et nous devions être en position. Il ne s’est pas passé grand‑chose jusqu’au début officiel du spectacle à 20 h. Les athlètes n’entraient dans le stade qu’environ 40 minutes après le début, alors nous avons encore attendu.
Comme ces Jeux sont très éclatés géographiquement, plusieurs pays n’avaient pas d’athlètes présents physiquement — ils défilaient dans leurs villages respectifs et apparaissaient sur l’écran géant. Mais le premier grand groupe à arriver en personne, sans surprise, fut Équipe Canada.
Les Canadiens ont fait leur entrée, ont marché sur la scène principale, puis sont sortis de la scène directement devant nous. J’aurais pu les toucher — ils étaient si proches. Nos consignes étaient claires : pas de photos, pas de contacts, pas de paroles à moins d’être interpellés. La règle du « pas de contact » a disparu instantanément lorsque plusieurs athlètes ont tendu la main pour des high‑fives.
Bien sûr, mes yeux ont immédiatement cherché Marie‑Philip Poulin. Elle était vers l’arrière du groupe. Je n’ai pas pu m’en empêcher et j’ai lancé : « Go Marie‑Philip, la fille de Beauceville ! » Elle a tourné la tête, m’a souri, puis a poursuivi vers son siège. Après l’entrée du Canada, le vrai travail a commencé. Deux athlètes ont demandé à quitter plus tôt, alors je les ai escortées jusqu’à la sortie. Ensuite, une douzaine de Canadiens avaient besoin d’aller aux toilettes. J’avais déjà dit à mes collègues bénévoles que je voulais escorter le plus de Canadiens possible, et ils m’en ont laissé la chance (la plupart du temps).
À la salle de bain, la longue file m’a permis de discuter un peu. J’ai vite regretté de ne pas avoir fait mes devoirs : à part Marie‑Philip, je connaissais très peu les membres de l’équipe. Un homme m’a dit, en français, qu’il faisait du patinage de vitesse longue piste. Je lui ai dit que je serais bénévole à son site et j’ai mémorisé son visage pour le rechercher plus tard. (C’était David Larue !)
Plus tard, j’ai escorté deux joueuses de l’équipe de hockey. Bien sûr, j’ai mentionné que j’étais de Beauceville, la même ville de leur capitaine (ma mémoire photographique me dit que c’était probablement Emma Thompson). Quand j’en ai parlé à Dave ensuite, il m’a demandé : « Tu lui as dit d’envoyer MPP te voir ? »J’ai ri. « Bien sur que non ! »
Le moment que je n’oublierai jamais
Une vingtaine de minutes plus tard, j’ai vu une autre athlète canadienne s’approcher. Je l’ai fixée, puis j’ai murmuré à Dave : « C’est Marie‑Philip. Je vais l’escorter. » J’ai avancé pour l’accueillir, mais avant même que je puisse dire un mot, elle m’a demandé :
« C’est toi qui viens de Beauceville ? » Mon cœur a failli exploser. Elle m’a demandé où je travaillais comme bénévole, et je lui ai dit que j’étais au patinage de vitesse mais que j’irais la voir jouer quatre fois, dont la finale pour la médaille d’or. Elle m’a donné un high‑five. Quand elle m’a demandé mon nom, je lui ai dit que j’étais la fille de Gilles Morin (quelle connait bien). Son visage s’est illuminé.« Ah, c’est vous ça!: » Mon Dieu! Je savais que sa mère avait lu mon blogue (ma mère le lui avait partagé) mais je ne m’attendais jamais à ce que Marie‑Philip puisse me replacer, surtout lors d’une soirée aussi importante pour elle.
Notre échange n’a duré que quelques minutes. J’ai demandé à Dave de prendre une photo rapide (notre superviseure n’a pas du tout apprécié mon non‑respect des règles). Quand j’ai finalement demandé à Marie‑Philip si elle avait besoin des toilettes, elle m’a répondu la plus belle phrase que j’ai entendue ce soir‑là, peut‑être même cette année :
« Non, je suis venue ici seulement pour te parler. » Je suis retournée à ma position et j’ai mimé un évanouissement pour que mes amis bénévoles comprennent l’ampleur de ce qui venait de se passer.

J’aurais encore tellement à raconter sur la cérémonie d’ouverture, mais ce post est déjà long, et je dois partir pour mon deuxième quart à l’aréna de patinage de vitesse.
Restez à l’affût pour la Partie 7. Vous voudrez entendre parler des départ anticipés qui se terminaient à 22 h, bien sûr...



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