De belles rencontres et une médaille d'or! Partie 13
- Isabelle Morin
- Feb 18
- 4 min read
Updated: Feb 20
Le lendemain du match haletant Suisse–Canada en hockey féminin (dont je parlerai dans une autre publication), nous nous sommes dirigés vers le quart de travail no 7. Après trois quarts consécutifs à l’extérieur, nous avions demandé, poliment, à être affectés à l’intérieur, et notre souhait a été exaucé. À ce stade, vous connaissez probablement notre routine, alors cette fois, j’ai décidé d’adopter un angle différent. Plutôt que de raconter le déroulement habituel, je veux parler des rencontres fortuites qui semblent se multiplier à chaque quart… et particulièrement durant celui‑ci.
Ma première rencontre marquante de la journée a eu lieu lorsque j’ai aperçu deux Canadiens vêtus de polars rouges s’approcher de ma porte. Le nom brodé sur la poitrine (Valérie Maltais) les a trahis immédiatement. Avec un sourire, je leur ai demandé en français : « Vous êtes les parents ? » Effectivement, c’était eux. Comme beaucoup d’autres, ils étaient surpris de voir une Québécoise en uniforme de bénévole et m’ont bombardée de questions sur le processus et mon expérience. Pendant que nous discutions, d’autres membres de la famille se sont joints à eux, et le père de Valérie a lancé en plaisantant : « Regardez, je pratique mon anglais ! » Bien sûr, nous parlions français. Quand je l’ai taquiné — « Vous pratiquez votre anglais avec moi, une fille du Québec ? » — il a renchéri : « Oui ! C’est là que mon anglais est à son meilleur ! » Cet homme pourrait faire de l’humour sur scène.
Un peu plus tard, j’ai dit à Dave que je n’aurais probablement pas beaucoup de matière pour mon blogue ce jour‑là et que je devrais peut‑être combiner deux quarts. Évidemment, c’est à ce moment‑là que l’univers a décidé de me prouver le contraire. J’ai remarqué une femme qui tentait d’équilibrer un burger, deux Aperol Spritz et une bouteille d’eau. Elle s’était arrêtée à une table bistro pour réorganiser son chargement précaire, et je lui ai offert mon aide. Elle a d’abord refusé, affirmant qu’elle allait « engloutir le burger » puis transporter le reste. Je lui ai dit que c’était ridicule et que j’étais ravie de pouvoir l’aider. Une fois qu’elle a finalement accepté, elle m’a lancé, comme si de rien n’était : « Ce drink est pour Piper Gilles. » Attends… quoi ?
Nous voilà donc parties vers la section A18, la zone VIP. Je lui ai demandé si elle était athlète ou comment elle connaissait Piper. Elle m’a expliqué qu’elle ne compétitionnait pas, qu’elle était simplement venue encourager son amie. (Pour contexte : Piper Gilles, danseuse sur glace, et son partenaire Paul Poirier venaient de remporter le bronze la semaine précédente.) Nous sommes arrivées dans la zone VIP (première fois pour moi) et les premiers contrôles de sécurité nous ont laissées passer. Mais à la section A18, la femme (Kai) a été arrêtée. J’ai montré mon accréditation, et soudain, je me suis retrouvée à l’escorter directement jusqu’à la rangée 11, où Paul Poirier était assis. Kay a demandé où était Piper. Paul a répondu : « Elle est aux toilettes. » Kay lui a remis l'Apérol en disant ''c'est pour Piper''' et s’est retournée pour partir. C’est là que j’ai réalisé : sans moi, elle n’aurait jamais pu livrer cet Aperol Spritz. Une véritable rencontre fortuite… de niveau olympique. Alors oui, qu’on se le tienne pour dit : Piper Gilles a reçu un Aperol Spritz pendant une compétition de patinage de vitesse grâce à moi.
Kai était adorable et m’a offert un pin des anneaux olympiques pour me remercier. En me la donnant, elle a complimenté mes ongles (maintenant fièrement peints aux couleurs du Canada, avec une feuille d’érable que la styliste a reproduite en regardant ma pin). Les ongles de Kai, décorés des anneaux olympiques, étaient tout aussi impressionnants. J’ai discuté avec une foule de Canadiens ce jour‑là, surtout quand j’entendais un accent Québecois. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai fini par jaser avec le cousin d’Ivanie Blondin. Mais aussi amusantes que furent ces rencontres et ce « presque moment avec Piper Gilles », ce n’était pas le point culminant de mon quart.

Les Canadiennes ont remporté la poursuite par équipes 3000 m. Et j’y étais ! J’ai assisté à leur demi‑finale puis à la finale pour la médaille d’or. Une médaille d’or signifiait une chose : l’hymne national canadien allait résonner dans l’aréna. Je n’allais pas manquer ça. Quand une superviseure est passée pour amener des bénévoles vers la sortie, elle a complètement ignoré Dave et moi. Je crois qu’elle le savait… Merci, Alessa, de m’avoir permis de vivre quelque chose dont je rêve depuis l’enfance.

Je l’ai mentionné dans la Partie 1 : à 13 ans, je rêvais d’entendre Ô Canada joué aux Jeux olympiques, pour moi. J’avais même écrit un essai là‑dessus en 8e année, dans le cadre du cours de français. Quarante ans plus tard, me voilà debout dans une aréna, à écouter l’hymne canadien joué lors d’une cérémonie de remise de médailles aux Olympiques. Pas pour moi, évidemment, et je n’ai absolutement rien à voir avec cette victoire. Mais c’était tout de même un retour direct à la petite Isabelle de 13 ans qui rêvait de faire de grandes choses. Et vous savez quoi ? Elle en fait, elle en fait vraiment! (Et maintenant, je pleure un peu.)



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