Quart numéro 2 & 3 - Partie 9
- Isabelle Morin
- Feb 13
- 6 min read
Updated: Feb 14
Je pense que vous l’avez tous compris maintenant… être bénévole aux Jeux olympiques, et obtenir un super poste, relève entièrement de la chance. Jusqu’ici, j’ai l’impression d’avoir un fer à cheval dans le derrière!
Lors de mon deuxième quart (et du premier quart de Dave au patinage de vitesse), on nous a attribué un petit autocollant noir. Comme il y avait aussi un match de hockey en même temps, juste en face de l’aréna de patinage de vitesse, il y avait beaucoup plus de bénévoles que la veille, et c’était le chaos total pour trouver notre groupe. Une fois le groupe trouvé, nous avons été envoyés à l’intérieur, au même endroit que la dernière fois, mais cette fois j’étais assignée à la porte A2/A3.
Je me souvenais (graçe à mon premier quart de travail) qu’il y avait de la presse (ou quelque chose du genre) au‑delà de la porte A2, et qu’on devait en avertir les spectateurs. Mais comme ce n’était pas exactement mon poste la fois précédente, je n’avais aucune idée de ce que j’étais censée savoir pour bien les informer. Quand j’ai demandé à la superviseure (celle qui est payée pour être là), elle m’a répondu : « Non, il n’y a rien de spécial après A2. » Hummm… j’avais des doutes. Le “tunnel” entre A1/A2 et A2/A3 trahissait clairement qu’il se passait quelque chose là‑dedans.
Quand les portes ont ouvert, deux heures avant l’événement, il n’a pas fallu longtemps pour que des spectateurs ayant des billets A1 soient ordonnés de faire demi-tour. Intriguée, je suis allée voir à A1/A2 où autre bénévole, qui avait travaillé là au quart précédent, m’a expliqué qu’il y avait effectivement une section presse dans le tunnel entre A1/A2 et A2/A3, et que tous les détenteurs de billets A1 ou A2 devaient entrer par A2/A3. Seules les personnes accréditées pouvaient traverser le tunnel. Mon premier réflexe a été de vérifier cette information avec la superviseure. Cette fois, elle a dit qu’elle allait vérifier “plus haut”. Résultat : j’avais raison!
À partir de ce moment, mon poste est devenu beaucoup plus occupé que lors de mon premier quart. D’abord, je devais rediriger tous les détenteurs de billets A1 vers ma porte, et ensuite, empêcher toute personne non accréditée de passer, et ça faisait beaucoup de monde. Pourquoi? Parce que, comme moi, beaucoup de spectateurs aiment faire le tour du stade pendant un événement. Mais avec 20 % des gradins réservés à la presse, il était impossible de faire le trajet au complet, donc la plupart des gens que j’arrêtais étaient simplement des curieux voulant se dégourdir les jambes. On nous posait aussi des questions comme « Où mettre les poussettes? » ou « Où est le salon d’hospitalité? » Sans surprise, nous n’avions reçu aucun briefing là‑dessus. La réponse pour les poussettes était facile (c’était sur la carte fournie). Pour le salon d’hospitalité, sachant que j’étais à une extrémité de l’aréna et qu’il n’y avait que la presse après A2, j’ai deviné qu’il devait être à l’autre bout, vers A17 ou A18. Après notre quart, on nous a confirmé qu’il était effectivement à A18.
C’était un excellent quart : occupé, donc il a passé en un éclair. Comme la plupart des spectateurs restent assis pour les dernières courses, j’ai pu monter près de la glace pour presque toute la deuxième moitié. La course du jour était le 5000 m masculin. Nous avions un espoir canadien (Ted‑Jan Bloemen), qui n’a pas réussi à se classer. Un Norvégien a gagné et établi un nouveau record olympique.

J’ai assisté à la cérémonie de remise des médailles, qui a démontré de façon flagrante que tous les superviseurs ne reçoivent pas les mêmes consignes. Laissez‑moi expliquer…De notre côté (porte ouest), on nous avait dit que les spectateurs ne pouvaient pas se tenir contre la barrière de verre au bas des gradins, ni y accrocher des drapeaux. Ces règles ont été respectées pendant toute la course, mais dès qu’elle s’est terminée et que la préparation de la cérémonie a commencé, plusieurs spectateurs ont commencé à accrocher leurs drapeaux. Mon bénévole responsable a tenté de leur demander d’enlever leurs drapeaux, mais on lui a immédiatement montré l’autre côté du stade, où les drapeaux étaient accrochés partout. Il a décidé que ça ne valait pas la peine de se battre; les drapeaux sont restés.
C’est quelque chose d’essayer de diviser un aréna aussi immense en huit zones et de faire appliquer les mêmes règles partout. Ce quart m’a clairement montré que même les superviseurs payés n’étaient pas suffisamment formés. Mais comme Dave le dit souvent : « Personne n’est mort! » Je trouve tout de même étrange qu’ils changent l’emplacement des superviseurs chaque jour. Comment un processus peut‑il devenir bien rodé si les responsables changent constamment? Je comprends que certains postes sont vraiment ''plate'' et que personne ne veut y rester pendant toute la durée des Jeux, mais peut‑être que les superviseurs pourraient alterner entre seulement deux poste seulement. Bon, assez chialé : au final, ça fonctionne, et c’est de loin le meilleur emploi non rémunéré que j’ai jamais eu!
Quart no 3
Comme pour mon deuxième quart, l’assignation des groupes était chaotique, mais il semblait que le fer à cheval faisait encore effet, car pour mon troisième quart à l’Aréna (pour le 1000 m féminin), j’ai encore obtenu un poste à l’intérieur, cette fois à la porte A13/A14.
Je m’attendais à ce qu’il y ait quatre bénévoles à ma porte (comme lors de mes deux premiers quarts), mais étrangement, nous n’étions que deux pour couvrir à la fois le bas des escaliers et le rôle de placier dans les gradins. Quand j’ai rencontré mon bénévole responsable ce jour‑là, il avait l’air beaucoup trop sérieux, et j’ai eu peur qu’il ne soit pas très flexible. Quand j’ai dit à la fille qui travaillait avec moi que je me fichais de la répartition des tâches tant que je pouvais voir la Canadienne (Béatrice Lamarche), qui patinait dans la dernière vague et était une espoir de médaille, elle m’a dit qu’elle avait eu le même bénévole responsable la veille et qu’il était très strict sur l’heure exacte du changement de poste. J’ai décidé que je devrais peut‑être activer le “charme d'Isabelle” pour que ça fonctionne. Quand il est venu nous expliquer nos rôles, j’ai rapidement demandé si nous pouvions décider nous‑mêmes du moment où changer. Il a dit que ça ne lui posait aucun problème! On dirait que le charme a opéré. Et je lui ai aussi donné une épinglette (pin) du Canada — je vous le dis, ça ouvre bien des portes ici!
Je n’avais pas réalisé cela lors de mes deux premiers quarts, mais la seule entrée de l’aréna est à la porte 14. Cela signifiait que j’ai vu environ 80 % des spectateurs entrer ce jour‑là. Les seuls que je n’ai pas vus étaient ceux qui restaient entre les portes 15 et 18. C’était un quart très occupé, car j’étais l’une des premières bénévoles que les spectateurs voyaient en entrant, donc j’ai reçu beaucoup de questions — toutes faciles cette fois, heureusement! Il y avait aussi une immense affiche des anneaux olympiques près de ma porte, donc beaucoup de gens m’ont demandé de les prendre en photo, ce que j’ai fait avec plaisir. En résumé, j’ai passé trois heures devant la porte A13/A14 à accueillir les gens et à danser sur la musique pop en arrière‑plan. Ça a mis le sourire à beaucoup de monde.
Comme pour chaque course, l’aréna était orange à 80 %. Les Néerlandais n’avaient pas fait de podium lors des deux compétitions précédentes, mais mon troisième quart (le 9 février) s’est avéré être le “Jour Orange”, puisqu’ils ont remporté l’or et l’argent. En quittant le stade, j’ai croisé beaucoup de Néerlandais ravis. Le meilleur moment a sans aucun doute été de revoir deux des gars que j’avais rencontrés dans le métro après mon premier quart! On s’est reconnus immédiatement et on s’est fait un câlin. Eh oui! Ils m'ont confirmé que le Roi des Pays-Bas était à cette course aussi!

La magie des Jeux est partout ici — tout le monde devient ton ami. Même mon bénévole responsable, qui avait l’air si sérieux au début, ne m’a pas laissée partir sans un câlin.



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